Bloom Energy : la solution au problème d'électricité de l'IA ?
15 septembre 2026 · Par La Rédaction

Après les puces, l'électricité pourrait devenir le prochain goulot d'étranglement de l'intelligence artificielle. Et une entreprise se retrouve soudain au centre de cette problématique : Bloom Energy.
Pendant plusieurs années, la course à l'intelligence artificielle s'est principalement jouée autour d'une ressource : les puces. Nvidia, AMD, Broadcom et les autres acteurs de l'écosystème ont dû produire toujours plus de puissance de calcul pour répondre à une demande qui semblait insatiable.
Mais un nouveau problème apparaît. Avoir les puces ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir les alimenter.
Elon Musk résumait récemment le problème de manière particulièrement directe : l'électricité pourrait devenir le principal frein au développement de l'intelligence artificielle. Il estime même que nous pourrions prochainement atteindre un point où davantage de puces seraient produites que ce que les infrastructures énergétiques permettent effectivement d'alimenter.
Et cette remarque permet de comprendre pourquoi une entreprise comme Bloom Energy attire aujourd'hui autant d'attention.
Le nouveau goulot d'étranglement de l'IA
Un data center ne fonctionne évidemment pas uniquement avec des GPU. Il faut construire les bâtiments, installer les serveurs, les systèmes de refroidissement, les équipements réseau… puis disposer de suffisamment d'électricité pour faire fonctionner l'ensemble.
Et c'est ici que le problème devient particulièrement intéressant.
La construction des capacités de calcul avance aujourd'hui extrêmement rapidement. Celle des infrastructures électriques, beaucoup moins. Construire de nouvelles lignes à haute tension, renforcer un réseau ou ajouter de nouvelles capacités de production peut nécessiter plusieurs années.
Bloom estime ainsi qu'un raccordement traditionnel au réseau peut demander de deux à cinq ans, voire davantage, notamment en raison des files d'attente de raccordement, des autorisations et des infrastructures à construire.
Imaginez alors un data center contenant plusieurs milliards de dollars de serveurs et de GPU. Tout est prêt. Les puces sont installées. Les clients attendent. Mais le site ne dispose pas encore de suffisamment d'électricité.
Le problème n'est plus informatique. Le problème devient énergétique.
Bloom Energy : apporter la centrale électrique au data center
C'est précisément le problème auquel Bloom Energy tente de répondre.
L'entreprise développe notamment les Bloom Energy Servers, des systèmes modulaires utilisant des piles à combustible à oxyde solide, ou SOFC.
L'idée est relativement simple à comprendre. Au lieu de dépendre exclusivement de l'électricité acheminée par le réseau, une entreprise peut produire de l'électricité directement sur son propre site.
Les Energy Servers peuvent fonctionner avec différents combustibles, notamment du gaz naturel, du biogaz ou de l'hydrogène. Ils permettent ainsi d'installer une capacité de production électrique directement à proximité d'un data center.

Mais l'intérêt majeur de Bloom dans la course actuelle à l'IA n'est peut-être même pas la technologie elle-même. C'est sa vitesse de déploiement.
Ce que Bloom vend réellement : du temps
Bloom affirme pouvoir mettre certains systèmes destinés aux data centers en service en seulement 90 jours, là où un raccordement traditionnel peut prendre plusieurs années. Pour Oracle, cet objectif de mise sous tension accélérée s'est concrétisé dès leur premier projet commun.
Cette différence change complètement la manière d'analyser le produit.
La comparaison économique ne devrait pas simplement être : combien coûte un kilowattheure produit par Bloom par rapport au réseau ?
Il faut également se demander : combien vaut une année de fonctionnement supplémentaire pour un data center rempli de GPU ?
Supposons qu'une entreprise dispose déjà du terrain, des serveurs et des clients, mais doive attendre deux années supplémentaires pour obtenir suffisamment d'électricité. Le coût économique de cette attente peut devenir gigantesque.
Si Bloom permet de réduire significativement ce délai, l'entreprise ne vend donc pas seulement de l'électricité. Elle vend du time-to-power.
Autrement dit : la capacité de transformer plus rapidement des milliards de dollars d'infrastructures informatiques en capacité de calcul réellement utilisable. Et dans une industrie qui évolue à la vitesse de l'IA, le temps peut devenir extrêmement précieux.

Oracle déploie la technologie à très grande échelle
C'est ici que l'histoire devient beaucoup plus sérieuse.
Oracle et Bloom ont annoncé en avril 2026 l'élargissement de leur partenariat. L'accord-cadre prévoit désormais jusqu'à 2,8 gigawatts de systèmes Bloom pour soutenir le développement des infrastructures cloud et IA d'Oracle. Sur ce total, 1,2 GW étaient déjà contractualisés, avec des déploiements en cours aux États-Unis.
Pour donner une idée de l'échelle, on ne parle donc plus simplement de quelques générateurs installés derrière un bâtiment. Bloom cherche à devenir une véritable composante de l'infrastructure énergétique des futurs data centers.

Et Oracle n'est pas un cas isolé.
Les chiffres confirment l'accélération
Cette demande commence désormais à apparaître dans les comptes de l'entreprise.
Au deuxième trimestre 2026, Bloom Energy a enregistré 1,065 milliard de dollars de chiffre d'affaires, contre environ 401 millions un an auparavant. Cela représente une progression d'environ +166 % sur un an.
Pour la première fois de son histoire, Bloom dépassait ainsi le milliard de dollars de chiffre d'affaires sur un seul trimestre.
La croissance ne s'est d'ailleurs pas limitée aux ventes : la marge brute a également progressé et l'entreprise a enregistré un résultat opérationnel (GAAP) positif de plus de 180 millions de dollars, contre une perte opérationnelle un an plus tôt.
Face à cette accélération, Bloom a relevé ses prévisions annuelles. La direction vise désormais environ 3,9 à 4,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2026. Au milieu de cette fourchette, cela représenterait approximativement un doublement du chiffre d'affaires par rapport à 2025.
Ce sont des chiffres impressionnants. Mais un trimestre exceptionnel ne suffit pas à démontrer qu'un changement structurel est en cours. Il faut donc regarder autre chose : qui est prêt à engager du capital sur cette tendance ?
Brookfield : de 5 à 25 milliards de dollars
C'est probablement l'un des développements les plus intéressants autour de Bloom.
En octobre 2025, Brookfield et Bloom Energy avaient annoncé un partenariat stratégique autour des infrastructures énergétiques destinées à l'IA. Montant du cadre initial : 5 milliards de dollars.
Moins d'un an plus tard, le 30 juin 2026, les deux groupes annoncent son extension. Nouveau montant : 25 milliards de dollars. Le cadre a donc été multiplié par cinq.
Mais une nuance est essentielle. Cela ne signifie pas que Brookfield a commandé 25 milliards de dollars d'Energy Servers à Bloom. Les 25 milliards correspondent à un cadre de financement destiné à développer et financer des projets énergétiques pour les infrastructures IA, dans lesquels les piles à combustible de Bloom doivent jouer un rôle important.
La distinction est importante. Ce n'est donc pas un carnet de commandes de 25 milliards de dollars.
Mais cela reste particulièrement intéressant pour comprendre la thèse industrielle. Brookfield est l'un des plus grands investisseurs mondiaux dans les infrastructures. S'il multiplie par cinq l'enveloppe consacrée à ce partenariat quelques mois seulement après son lancement, cela suggère que le problème du time-to-power n'est pas simplement théorique. Les capitaux commencent à se positionner pour tenter d'y répondre.
Le modèle commence à dépasser Bloom lui-même
Un autre exemple permet de comprendre l'écosystème qui est en train de se créer.
Bloom participe notamment à un projet destiné aux infrastructures IA de Nebius représentant 1,7 milliard de dollars d'investissements. Bloom fournit la technologie énergétique, mais d'autres acteurs interviennent dans le développement et le financement : Oaktree Capital Management, Morgan Stanley ou encore MUFG Bank.
C'est important. Car construire les infrastructures énergétiques nécessaires à l'IA ne dépendra probablement pas d'une seule entreprise. Il faut réunir : technologie, capital, terrains, data centers, financement et production électrique.
Bloom tente de se positionner comme l'une des briques de cet écosystème — un peu à la manière dont Meta multiplie ses propres investissements pour sécuriser sa capacité de calcul.
Un nom bien connu des marchés apparaît : Pelosi
L'accélération de Bloom n'est pas passée inaperçue auprès des investisseurs.
Une déclaration financière déposée en août 2026 a notamment révélé une importante nouvelle exposition à Bloom Energy dans le portefeuille familial de Nancy Pelosi.
Mais ici encore, la précision est importante. Les transactions sont indiquées comme appartenant au conjoint, c'est-à-dire Paul Pelosi, et non comme des achats personnels effectués directement par Nancy Pelosi.
Les déclarations font apparaître deux séries d'opérations réalisées fin juillet :
- 15 000 actions Bloom Energy au total ;
- 200 options call ;
- prix d'exercice des calls : 100 dollars ;
- échéance : 17 juin 2027.
Les déclarations parlementaires utilisant des fourchettes plutôt que des montants exacts, il faut également être prudent lorsqu'on chiffre la position. La somme des minima déclarés atteint environ 3 millions de dollars, tandis que la valeur exacte engagée n'est pas publique.
L'information est intéressante. Mais elle ne constitue évidemment pas une thèse d'investissement. Un investisseur connu peut se tromper. Et savoir qu'un portefeuille important achète une action ne nous apprend ni sa valeur intrinsèque, ni le prix auquel elle devrait être achetée.
C'est donc un élément de contexte. Pas une raison d'acheter Bloom.
Bloom Energy entre maintenant dans une autre catégorie
L'attention institutionnelle ne s'arrête d'ailleurs pas là.
Bloom Energy doit intégrer le S&P 500 le 21 septembre 2026. C'est un changement important dans la vie boursière de l'entreprise.
Son intégration oblige notamment les fonds indiciels répliquant le S&P 500 à intégrer le titre afin de continuer à suivre correctement l'indice.
Mais là encore, il faut distinguer deux choses : l'histoire boursière et l'histoire industrielle. Une entrée dans le S&P 500 peut générer des flux. Elle ne garantit absolument pas que l'entreprise justifiera sa valorisation future.
Une technologie intéressante ne signifie pas une entreprise sans risques
À ce stade, le scénario paraît presque trop simple.
L'IA consomme énormément d'électricité. Le réseau n'arrive pas à suivre. Bloom permet d'installer rapidement de la production directement sur place. Les ventes explosent. Oracle déploie la technologie. Brookfield engage davantage de capitaux.
Alors où est le problème ? Il y en a plusieurs.
Bloom ne produit pas de l'énergie à partir de rien. Ses piles à combustible ont besoin d'un combustible. Elles peuvent fonctionner au gaz naturel, au biogaz ou à l'hydrogène. Une partie importante du déploiement actuel dépend donc toujours d'une infrastructure énergétique en amont. Bloom contourne une partie du problème du réseau électrique. Elle ne supprime pas le problème énergétique.
L'échelle de la demande pourrait devenir gigantesque. Les futurs clusters IA pourraient nécessiter des quantités d'énergie tellement importantes qu'aucune technologie ne pourra probablement répondre seule au problème. Le futur énergétique des data centers pourrait donc combiner réseau électrique, production au gaz, nucléaire, renouvelables, stockage, piles à combustible et éventuellement de nouvelles solutions encore émergentes. Bloom peut parfaitement devenir une partie importante de cette architecture sans devenir la solution unique.
Enfin, une excellente entreprise peut être une mauvaise action à un certain prix. C'est probablement la distinction la plus importante de toute cette analyse. Comprendre pourquoi Bloom bénéficie d'une tendance structurelle ne nous dit pas combien Bloom Energy vaut en Bourse. Une entreprise peut connaître une croissance exceptionnelle, une technologie pertinente, des contrats majeurs, un marché gigantesque… et malgré tout être surévaluée si le marché a déjà intégré des hypothèses encore plus optimistes.
C'est pourquoi il faut toujours séparer la thèse industrielle de la thèse boursière — c'est tout l'enjeu d'une bonne gestion du risque.
Ce que Bloom Energy nous apprend surtout sur l'intelligence artificielle
Et c'est probablement ici que Bloom devient vraiment intéressante à étudier. Pas uniquement pour Bloom elle-même. Mais pour ce qu'elle nous apprend sur la manière dont une révolution technologique se diffuse dans l'économie.
Au début de la révolution de l'IA, l'attention s'est naturellement portée sur les entreprises fabriquant les puces. Puis les investisseurs ont commencé à regarder la mémoire, les réseaux, la fibre optique, le refroidissement et les data centers.
Aujourd'hui, une autre contrainte devient de plus en plus visible : l'électricité.
C'est un mécanisme que l'on retrouve régulièrement dans les grandes transformations industrielles. Lorsqu'une industrie connaît une croissance extrêmement rapide, il faut se demander : quelle ressource risque de devenir insuffisante ensuite ?
Car le prochain bénéficiaire économique n'est pas nécessairement celui qui fabrique le produit final. Il peut être celui qui fournit la ressource sans laquelle toute la chaîne cesse de fonctionner.
Dans le cas de l'intelligence artificielle, cette ressource pourrait de plus en plus être l'énergie. Et c'est précisément ce qui rend Bloom Energy intéressante à suivre.
Et si même Bloom ne suffisait pas ?
Elon Musk pose le problème. La puissance de calcul progresse tellement rapidement que l'énergie pourrait devenir l'un des prochains facteurs limitants de l'intelligence artificielle.
Bloom Energy propose une réponse particulièrement intéressante : ne plus attendre systématiquement que le réseau électrique rattrape le data center, mais produire une partie de l'électricité directement sur place.
Oracle prévoit jusqu'à 2,8 GW de capacité Bloom. Brookfield a fait passer son cadre de financement de 5 à 25 milliards de dollars. Et Bloom vient de connaître une accélération spectaculaire de son activité.
Mais si les besoins énergétiques de l'IA continuent à progresser au rythme actuel, une question demeure.
Et si même Bloom ne suffisait pas ?
La réponse pourrait nous obliger à regarder beaucoup plus loin.
Sources
- World Economic Forum — Conversation with Elon Musk, Davos 2026
- Bloom Energy — Data Center Power Solutions
- Bloom Energy — Energy Server / technologie des piles à combustible à oxyde solide
- Bloom Energy — Oracle étend le partenariat jusqu'à 2,8 GW
- Bloom Energy — Résultats financiers du T2 2026
- Bloom Energy — Extension du partenariat Brookfield à 25 milliards de dollars
- Bloom Energy — Projet d'infrastructure IA de 1,7 milliard de dollars avec Nebius
- U.S. House Clerk — Déclaration de transactions (foyer Pelosi), Bloom Energy
- S&P Dow Jones Indices — Rééquilibrage trimestriel du S&P 500, septembre 2026
Ce contenu est fourni à titre éducatif et informatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement.
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