Analyse d'entreprises

Sandisk : +372 % de ventes, 84,6 % de marge… le titre prépare-t-il une nouvelle envolée ?

3 septembre 2026 · Par La Rédaction

On parle énormément des GPU nécessaires à l'intelligence artificielle. Mais derrière ces processeurs, un autre marché devient stratégique : la mémoire.

NVIDIA affirme que sa croissance reste limitée par l'offre. HPE explique que ses commandes dépassent ses livraisons, notamment à cause de tensions sur la mémoire et le stockage. Pendant ce temps, Sandisk profite d'une hausse spectaculaire du prix du NAND.

Trois entreprises, trois trimestres différents, mais le même signal qui revient : la construction des infrastructures d'IA progresse plus vite que l'offre de certains composants essentiels.

Pourquoi la mémoire devient-elle si importante

Un serveur d'intelligence artificielle ne contient pas que des GPU. Il doit aussi stocker et déplacer d'immenses quantités de données. Deux grandes familles de mémoire interviennent :

  • la DRAM et la HBM, qui fournissent très rapidement les données aux processeurs ;
  • le NAND, utilisé pour stocker durablement de grandes quantités de données dans les SSD.

Sandisk est surtout exposée au NAND et au stockage flash — une distinction importante. Les contraintes rencontrées par NVIDIA concernent notamment la HBM et d'autres composants ; Sandisk étant principalement exposée au NAND, elle ne bénéficie pas directement de toutes ces tensions. Mais les deux marchés racontent la même histoire de fond : la demande dépasse l'offre disponible.

DRAM et HBM fournissent les données aux processeurs, le NAND stocke durablement — Sandisk est exposée au NAND

NVIDIA : la demande dépasse encore l'offre

NVIDIA a publié un trimestre exceptionnel : 96,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires (+106 % sur un an), 89 milliards dans les centres de données (+117 %), et une prévision de 108 milliards pour le trimestre suivant.

Mais la directrice financière Colette Kress a qualifié les perspectives de l'entreprise de « supply-constrained outlook » : NVIDIA pourrait vendre davantage si l'offre le permettait. Les prix plus élevés de la mémoire pèsent d'ailleurs déjà sur ses coûts — l'entreprise prévoit une marge brute d'environ 74 % au prochain trimestre, contre 75 % au trimestre publié.

Pour un acheteur de composants comme NVIDIA, la pénurie représente un coût. Pour un producteur de mémoire comme Sandisk, elle peut au contraire permettre d'augmenter fortement les prix.

HPE : le signal le plus direct pour le NAND

Hewlett Packard Enterprise assemble et vend des serveurs, des systèmes de stockage et des équipements réseau — elle est donc directement au contact de la demande réelle de ses clients.

Son dernier trimestre montre 12,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires (+34 % sur un an), une croissance normalisée des commandes de 42 %, et un carnet de commandes record. Mais la direction a aussi été claire : ses commandes restent nettement supérieures à ses expéditions, notamment à cause de contraintes sur la mémoire, le NAND et les unités de stockage.

C'est probablement le signal extérieur le plus parlant pour Sandisk : un grand vendeur de serveurs confirme que le NAND limite encore certaines livraisons.

Sandisk : des fondamentaux exceptionnels

Sandisk ne se contente pas de profiter d'un narratif — ses chiffres montrent déjà l'impact de la hausse de la demande et des prix.

Au quatrième trimestre fiscal 2026, l'entreprise a publié 8,97 milliards de dollars de chiffre d'affaires, en hausse de 372 % sur un an, avec une marge brute de 84,6 % (+58,4 points) et un bénéfice ajusté par action de 39,25 $, contre 0,29 $ un an plus tôt. Le free cash-flow ajusté atteint 5,04 milliards sur le seul trimestre.

Chiffres clés de Sandisk au T4 fiscal 2026 : +372% de chiffre d'affaires, 84,6% de marge brute, 39,25$ de bénéfice ajusté par action

La guidance reste très forte, avec un chiffre d'affaires attendu entre 10,3 et 10,8 milliards de dollars pour le trimestre en cours.

Un chiffre à retenir : environ deux tiers de cette croissance provenaient de la hausse des prix, contre un tiers seulement de l'augmentation des volumes. C'est très favorable tant que la pénurie persiste — mais ça montre aussi le caractère cyclique de cette croissance : si l'offre rattrape la demande, les prix du NAND et les marges de Sandisk peuvent se retourner rapidement.

Une visibilité renforcée sur 2027 et 2028

Sandisk cherche justement à réduire cette dépendance au cycle grâce à de nouveaux accords commerciaux pluriannuels (NBM), reposant sur des volumes engagés, des garanties financières minimales et des mécanismes de prix encadrés contractuellement.

Huit clients ont déjà signé ces accords, représentant environ 50 % des volumes prévus pour 2027 et près des deux tiers pour 2028. Pour 2028-2030, la direction vise une marge brute ajustée proche de 80 % et une marge de free cash-flow proche de 50 % — des objectifs de la direction, pas un carnet de commandes garanti.

Quels risques surveiller

  1. Le cycle du NAND. Des prix très élevés encouragent généralement l'augmentation des capacités, ce qui peut finir par faire reculer la demande et les prix.
  2. La dépendance aux prix. Deux tiers de la dernière croissance venaient de la hausse des prix, pas des volumes.
  3. Des marges proches d'un sommet cyclique. Rien ne garantit qu'une marge brute exceptionnelle de 84,6 % puisse se maintenir lorsque le cycle du NAND se normalisera.
  4. La confusion entre HBM et NAND. Toute pénurie de mémoire ne profite pas à Sandisk dans les mêmes proportions.

Ce qu'il faut retenir

Sandisk réunit un narratif puissant — la pénurie de mémoire portée par l'expansion de l'IA — et des fondamentaux qui confirment déjà cet impact : prix, marges et cash-flow en forte hausse. Mais une bonne partie de cette croissance repose sur un seul facteur, la pénurie, qui peut se retourner si l'offre rattrape la demande.

Les fondamentaux racontent une histoire solide. Reste à voir si elle dure.

Sources

Ce contenu est fourni à titre éducatif et informatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement.