Analyse d'entreprises

Astera Labs (ALAB) : Scorpio, le switch qui accélère l'IA

26 septembre 2026 · Par La Rédaction

Visuel : Astera Labs (image officielle du Scorpio X-Series). Montage Marchés en Clair.

Quand on parle d'intelligence artificielle, l'attention se porte surtout sur Nvidia, AMD et leurs GPU. Pourtant, augmenter la puissance de calcul ne suffit pas. Plus un data center connecte de GPU entre eux, plus un autre problème devient important : faire circuler les données suffisamment vite entre toutes ces puces.

C'est précisément sur ce problème qu'Astera Labs, cotée au Nasdaq sous le symbole ALAB, cherche à se positionner.

L'entreprise développe différentes technologies de connectivité pour les data centers. Parmi elles, une gamme prend aujourd'hui une importance particulière : Scorpio.

Scorpio, qu'est-ce que c'est ?

Scorpio est une famille de switches, que l'on peut simplement voir comme des aiguilleurs de données.

Imaginez plusieurs GPU qui doivent constamment s'échanger des informations. Le switch se place au centre et dirige les données vers le bon composant. L'objectif est d'éviter que des GPU extrêmement puissants passent une partie de leur temps à attendre les informations dont ils ont besoin.

Astera Labs propose deux grandes familles de Scorpio.

La P-Series est principalement destinée à connecter différents composants d'un serveur : GPU, processeurs, cartes réseau ou stockage. Elle fonctionne avec le standard PCI Express et existe aujourd'hui dans différentes tailles allant de 32 à 320 lignes de communication.

La X-Series répond à un autre problème : connecter directement un très grand nombre d'accélérateurs d'intelligence artificielle entre eux. Elle est donc davantage pensée pour les gigantesques clusters de GPU utilisés pour entraîner ou faire fonctionner les modèles d'IA.

Ce que change Scorpio X

La nouvelle Scorpio X-Series annoncée en mai 2026 dispose de 320 lignes de communication, ou lanes.

Mais ce chiffre devient surtout intéressant lorsqu'on regarde ce qu'il permet concrètement.

Par exemple, Astera présente dans ses exemples d'architectures une Scorpio P-Series de 64 lanes pour certaines architectures à 8 GPU, une P-Series de 160 lanes pour d'autres configurations à 8 GPU, et la P-Series 320 lanes peut gérer une architecture à 16 GPU avec un seul switch.

Scorpio X 320 va beaucoup plus loin dans son usage spécialisé : Astera indique qu'un seul switch peut participer à des architectures regroupant jusqu'à 80 accélérateurs.

Cela ne signifie pas que P et X sont directement comparables : la P-Series doit gérer différents types de composants, tandis que la X-Series est optimisée pour les communications entre accélérateurs.

Mais cela permet de comprendre le changement d'échelle.

P-Series : connecter efficacement les différents composants d'un serveur.

X-Series : connecter des dizaines d'accélérateurs ensemble pour former une immense machine de calcul.

Le nombre élevé de connexions permet également de réduire le nombre de switches nécessaires. Les données peuvent parfois atteindre directement leur destination en un seul passage, au lieu de traverser plusieurs switches successifs.

Schéma comparant deux architectures : à gauche, des GPU reliés par plusieurs étages de switches, où les données traversent trois switches ; à droite, six GPU reliés à un seul switch Scorpio X, où les données arrivent en un seul passage

Moins d'étapes signifie moins de latence, c'est-à-dire moins de temps perdu avant que les données arrivent au GPU qui en a besoin.

Un switch qui ne fait plus seulement circuler les données

C'est probablement l'évolution la plus intéressante de Scorpio X.

Un switch traditionnel sert principalement à transporter les données. Scorpio X est également capable de réaliser certaines opérations directement pendant que ces données circulent.

Astera appelle cette technologie In-Network Compute.

L'idée est simple : plutôt que d'envoyer systématiquement certaines opérations vers les GPU, le réseau peut commencer à effectuer une partie du travail lui-même.

Astera ajoute à cela une technologie appelée Hypercast, conçue pour distribuer plus efficacement une même information vers plusieurs accélérateurs.

En combinant Hypercast et In-Network Compute, Astera affirme pouvoir accélérer certaines opérations collectives utilisées par les systèmes d'IA jusqu'à deux fois. Il s'agit de mesures communiquées par l'entreprise et les performances réelles peuvent varier selon les systèmes utilisés.

Autrement dit, Scorpio X ne cherche plus seulement à construire une route plus large entre les GPU.

Le switch commence également à aider à gérer le trafic pendant que les données circulent.

Et lorsque des dizaines de GPU travaillent simultanément sur le même modèle d'intelligence artificielle, chaque gain de temps dans leurs communications peut permettre d'utiliser plus efficacement des processeurs qui coûtent parfois plusieurs dizaines de milliers de dollars chacun.

Pourquoi cela devient important maintenant

Les infrastructures d'intelligence artificielle changent d'échelle.

Les entreprises connectent toujours plus de GPU pour entraîner leurs modèles et faire fonctionner leurs services d'IA. Mais plus le nombre de processeurs augmente, plus leur capacité à communiquer rapidement devient importante.

Un GPU extrêmement puissant perd une partie de son intérêt s'il passe son temps à attendre les autres GPU.

L'amélioration de l'IA ne dépend donc plus uniquement de la puissance des processeurs. La mémoire, le réseau et la circulation des données deviennent eux aussi des éléments essentiels de la performance globale.

C'est précisément sur cette évolution qu'Astera Labs construit son activité.

Une croissance déjà visible dans les chiffres

Cette croissance commence à apparaître clairement dans les résultats financiers.

Au deuxième trimestre 2026, Astera Labs a réalisé 392,4 millions de dollars de chiffre d'affaires, soit une hausse de 104 % sur un an et de 27 % par rapport au trimestre précédent.

La marge brute GAAP atteignait 73,3 %, tandis que l'entreprise a généré 153,1 millions de dollars de bénéfice net GAAP. (Si ces notions vous sont peu familières, notre guide pour lire un communiqué de résultats les explique simplement.)

La progression du chiffre d'affaires est rapide :

T4 2025 : 270,6 millions de dollars

T1 2026 : 308,4 millions

T2 2026 : 392,4 millions

Graphique en barres du chiffre d'affaires trimestriel d'Astera Labs : 270,6 millions de dollars au T4 2025, 308,4 millions au T1 2026, 392,4 millions au T2 2026, et une prévision de 540 à 560 millions au T3 2026

Mais le plus intéressant se trouve peut-être dans les prévisions de l'entreprise.

Scorpio pourrait devenir le principal moteur de croissance

Pour le troisième trimestre 2026, Astera Labs prévoit un chiffre d'affaires compris entre 540 et 560 millions de dollars.

Au milieu de cette fourchette, cela représente environ 550 millions de dollars, soit près de 40 % de croissance en seulement trois mois par rapport au deuxième trimestre.

Et Astera explique qu'une grande partie de cette accélération doit justement provenir de Scorpio X.

La direction prévoit que les switches Scorpio deviennent dès le troisième trimestre la première famille de produits de l'entreprise en termes de chiffre d'affaires, un trimestre plus tôt que ce qu'elle anticipait auparavant.

C'est important car, jusqu'ici, Astera Labs était surtout portée par Aries, sa gamme de composants améliorant les connexions PCI Express.

Scorpio pourrait donc progressivement devenir le nouveau moteur de croissance de l'entreprise.

Un marché potentiellement immense

Astera Labs estime que le marché des switches destinés aux réseaux d'IA dits scale-up pourrait atteindre environ 20 milliards de dollars par an en 2030.

Le scale-up consiste simplement à connecter davantage d'accélérateurs ensemble afin qu'ils puissent travailler comme une seule immense machine.

Plus les clusters d'IA grossissent, plus les composants nécessaires pour faire communiquer ces processeurs deviennent importants. C'est la même dynamique qui porte aujourd'hui les fabricants de serveurs IA comme Dell.

Ce qu'il faudra surveiller

Le prochain test pour Astera Labs sera désormais de transformer cette avance technologique en revenus durables.

L'entreprise devra confirmer sa guidance comprise entre 540 et 560 millions de dollars, réussir la montée en production de Scorpio X et surtout montrer que plusieurs grands clients adoptent réellement cette technologie à grande échelle.

La concurrence restera également importante. Nvidia possède son propre écosystème de connectivité, tandis que plusieurs standards ouverts cherchent eux aussi à s'imposer dans les futurs data centers d'intelligence artificielle.

En résumé

Astera Labs ne fabrique pas les GPU qui font fonctionner l'intelligence artificielle.

Elle cherche à résoudre l'un des problèmes créés par leur multiplication : comment faire communiquer rapidement des dizaines de GPU extrêmement puissants ?

Avec Scorpio P-Series, Astera peut connecter différents composants d'un serveur et proposer des configurations allant jusqu'à 320 lanes.

Avec Scorpio X 320, l'entreprise va beaucoup plus loin dans le scale-up : jusqu'à 80 accélérateurs par switch, moins d'étapes entre les GPU et surtout un réseau capable de commencer lui-même à traiter certaines opérations grâce à Hypercast et In-Network Compute.

Et cette technologie commence désormais à peser directement dans les comptes.

Astera Labs a réalisé 392,4 millions de dollars de chiffre d'affaires au deuxième trimestre et prévoit entre 540 et 560 millions au troisième trimestre, période durant laquelle Scorpio devrait devenir sa première famille de produits.

Pour Astera Labs, Scorpio n'est donc plus seulement une nouvelle technologie.

Il pourrait devenir le principal moteur de croissance de l'entreprise.

Sources

Ce contenu est fourni à titre éducatif et informatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement.